À la Manufacture des Abbesses, la pièce met en scène sept jeunes comédiens pris de vertige à l’aube de leur vie d’adulte.
Ils entrent dans une école nationale de théâtre aux portes de l’an 2000. Pour chacun d’eux, ce passage au nouveau millénaire agit comme une frontière temporelle, un palier chargé de doutes et de peurs sur l’avenir. C’est le premier vertige. À travers cette formation, s’engage une traversée décisive — à la fois professionnelle, relationnelle et intime — où la réalité des rencontres se heurte à la rigueur de l’apprentissage.
L’illusion théâtrale mise à nu
Sur un plateau brut et noir, encadré par deux chaises et une table basse dessinant un espace épuré, les répétitions se succèdent. Dès la première scène, le ton est donné : comment interpréter un moment d’intimité brute ou une scène d’amour torride quand on ne se connaît pas encore ? Comment le hasard du jeu peut-il parfois faire naître des relations toxiques ?
Au fil du récit, les trajectoires individuelles se dessinent et se séparent : l’une abandonnera la formation, un autre deviendra metteur en scène, un comédien (qui interprétait le Shadow Man lors du concours d’entrée) s’épanouira au sein du groupe en apprenant sa séropositivité, tandis qu’une autre s’affirmera dans le seul-en-scène avec son leitmotiv percutant : « Je rigole, je ne rigole pas », faisant osciller sans cesse le réel vers le poétique.
Du vaudeville de Labiche aux drames de Tchekhov, avec des incises chez Sarah Kane ou Virginia Woolf, la pièce donne à voir des extraits de spectacles et rejoue certaines scènes sous plusieurs angles. Chaque nuance d’interprétation transforme l’émotion et modifie la lecture du texte. Mais lorsque les histoires d’amour émergent hors plateau, elles viennent troubler le travail tout en lui insufflant une vérité inédite, révélant la fabrique de l’art dramatique dans toute sa vulnérabilité.
L’écho du tragique
L’écriture, ancrée en 2001, s’émaille d’allusions discrètes et d’alertes tournées vers 2026. Ce passage au XXIᵉ siècle résonne étrangement avec d’autres basculements historiques — le 11-Septembre ou les crises sanitaires —, laissant planer un arrière-goût de tragédie sous l’artifice du jeu. Au sommet des tensions, alors que le spectacle cherche son dénouement (qui frôle parfois l’idée du drame), le suspense reste entier.
Derrière la complexité de son écriture, Vertige emporte l’adhésion grâce à l’énergie, la générosité et le talent de sa distribution. Une belle promesse pour la suite de leurs parcours artistiques, saluée ce soir par de chaleureux applaudissements.
Dates : Du 22 octobre 2026 au 6 décembre 2026.
Horaires : Représentations en soirée (du jeudi au samedi à 21h) et en matinée le dimanche à 17h.
Durée : 1h30.
NB : : Le texte initial de Guillaume Vincent avait été créé avec les étudiants de l’École du Nord et joué notamment au Théâtre du Nord et aux Bouffes du Nord. La mise en scène actuelle est de César Oliva avec cette nouvelle distribution. Il est accessible à un public de plus de 12 ans.