Loin des sentiers battus du film politique traditionnel, Lapid choisit ici une approche artistique singulière, viscéralement proche du théâtre, pour disséquer les contradictions de son pays d’origine.
L’art du paroxysme : des personnages jusqu’au-boutistes
Au cœur de « Oui », on trouve une théâtralité assumée. Nadav Lapid ne cherche pas le naturalisme tiède ; il pousse les curseurs à l’extrême en façonnant des personnages jusqu’au-boutistes. Les dialogues fusent comme des tirades de tragédie moderne, les corps occupent l’espace de manière presque chorégraphique, et chaque scène palpite d’une tension électrique. Cette proximité avec le spectacle vivant permet de détacher le récit du simple fait divers pour lui donner une dimension universelle et mythologique.
Ni ange, ni démon : l’absence de prise de position
La grande force du film réside dans son refus du manichéisme. Lapid ne prend pas position, il observe. Le personnage principal n’est ni un héros à saluer, ni un monstre à condamner. Il est le produit d’un système, un homme littéralement écrasé par une double force contradictoire :
• Son obsession de la réussite : Le désir viscéral d’assurer une vie confortable et matérielle pour lui et sa petite famille.
• Son environnement social : Une société israélienne abîmée, ultra-tendue, à laquelle il choisit consciemment de se soumettre plutôt que de s’y opposer.
En décidant de rentrer dans le rang et d’accepter les compromissions de son environnement pour réussir, le protagoniste bascule dans une tragédie intime. Le prix à payer pour cette soumission sera total : le film filme avec une infinie tristesse la fuite de sa famille, brisée par ses choix, le laissant cruellement seul face à son confort durement acquis.
À retenir : « Oui » ne juge pas la société israélienne, il en montre l’impact psychologique et intime sur l’individu. C’est le portrait d’une capitulation intime face au bruit du monde.
Un choc cinématographique à ne pas manquer
Par sa mise en scène radicale et son refus des réponses faciles, Nadav Lapid signe un film inconfortable mais absolument magistral. C’est un cinéma qui bouscule, qui questionne et qui reste en tête bien après le générique de fin.
Notre verdict : Un chef-d’œuvre de tension et de mise en scène. À voir absolument au cinéma ou en DVD !