
Un pèlerinage brisé : de l’utopie au champ de bataille
Le film s’ouvre sur un contraste violent Le retour au kibboutz n’est pas seulement un retour géographique, c’est le deuil d’un idéal.
La mort de l’utopie : À l’origine, les kibboutz étaient portés par des valeurs de partage, souvent de gauche, et parfois même de coexistence. Voir ce lieu d’enfance transformé en zone militaire, c’est filmer l’effondrement (Collapse) d’une promesse politique et humaine. Ceux qui portaient cette mémoire ont été assassinés, et avec eux, une certaine idée de l’origine de cette installation.
L’indifférence de la nature : L’image du tracteur qui laboure et des fleurs qui poussent au milieu des tanks est d’une poésie terrible. La vie (ou la machine économique et agricole) continue mécaniquement, aveugle à la tragédie humaine, soulignant l’absurdité de la guerre.
Le dispositif créatif : la contradiction comme moteur
La relation épistolaire avec Ariel est le véritable pivot intellectuel du film.
Sans Ariel, le film risquerait de tomber dans le journal intime ou le voyeurisme humanitaire. En intégrant ses critiques — qui qualifient le projet « d’anecdotique » ou « d’inopérant » —, la réalisatrice fait preuve d’une grande honnêteté.
Elle accepte que son art soit jugé insuffisant face à l’horreur. Le silence final de cypel agit comme un couperet : le dialogue rompu entre eux fait écho à l’impossibilité de dialoguer sur le terrain. C’est le triomphe de la lassitude et du dégoût politique.
L’horreur brute et le règne de la confusion
La vision de Gaza est poignante et résume à elle seule la déshumanisation du conflit :
La farine et le sable : Filmer ces êtres humains réduits à ramasser de la nourriture souillée montre l’asymétrie totale de cette guerre. D’un côté, l’abondance technologique et militaire d’Israël (les tanks, les armes) ; de l’autre, le dénuement absolu.
Le visage du pouvoir : Ce portrait du dirigeant en « retraité fatigué » plutôt qu’en dictateur flamboyant est une illustration parfaite de ce que la philosophe Hannah Arendt appelait la « banalité du mal ». Derrière les décisions qui broient des vies se cache une bureaucratie usée, presque indifférente aux cris des manifestants.
L’inversion du récit : La scène avec le contre-manifestant qui hurle que la terre a été « volée par les Palestiniens » montre à quel point la vérité est devenue malléable. C’est le règne de la post-vérité, où la peur et le traumatisme de chaque camp obscurcissent les faits historiques jusqu’au délire.
En conclusion : Une tragédie universelle
Le film dépasse le simple cadre du Proche-Orient. En montrant comment la peur, le mensonge et l’oubli des origines d’une cohabitation mènent à une guerre sans fin, la réalisatrice signe une œuvre prophétique. Collapse devient le miroir de notre monde actuel : un monde où la complexité est balayée par la violence, et où la confusion ambiante prépare, hélas, les désastres de demain.
C’est un cri d’alarme impuissant, mais d’une nécessité absolue.