Connaissez-vous la Galleria Continua à Boissy-le-Châtel ?
Le 30 juin 2026, ce lieu artistique hors norme a célébré ses vingt ans d’existence. Nichée au bord du Petit Morin, en pleine Seine-et-Marne, cette ancienne papeterie (qui fut d’abord un moulin) s’est métamorphosée en une galerie d’art gigantesque. Constituée de deux usines, elle offre un espace de dialogue fascinant entre l’art contemporain, l’architecture industrielle et la nature environnante.
Seul un lieu doté de volumes aussi vertigineux, aussi hauts et aussi larges, pouvait accueillir des œuvres d’une telle démesure. Ici, des créateurs du monde entier viennent expérimenter, portés par un sentiment de liberté totale. C’est un électron libre culturel implanté dans un territoire rural et agricole qui ne manque pas de surprendre.
Une constellation de génies internationaux et de géants de l’art
Le site a vu défiler les plus grands noms de la scène internationale : de Daniel Buren à Anish Kapoor, en passant par Kader Attia, Mona Hatoum, Sislej Xhafa, Chen Zhen ou encore Michelangelo Pistoletto. C’est aussi l’occasion de se confronter à l’univers d’artistes majeurs comme Ai Weiwei ou le duo Ilya et Emilia Kabakov.
Dès l’entrée de la grande galerie, un artiste camerounais est particulièrement mis à l’honneur : Pascale Marthine Tayou. Ses peintures murales s’approprient les façades extérieures, annonçant la couleur d’un parcours riche en émotions. Plus loin, dans les espaces extérieurs, on retrouve sa signature avec une immense sucette monumentale, joyeusement composée de boîtes Tupperware multicolores.
Un parcours sensoriel entre équilibre, mémoire et révolte
La visite commence par une rencontre saisissante signée Adel Abdessemed : un cheval cabré au milieu d’un champ de coquelicots. L’œuvre fait directement référence à Friedrich Nietzsche, qui aurait basculé dans la folie en voyant un cheval se faire maltraiter. Rassurez-vous, celui de la galerie semble en pleine forme, figé pour l’éternité dans une cabriole qui défie le temps.
Pour poursuivre, on emprunte un couloir étroit pavé de couleurs, évocation vibrante des luttes passées et d’une société en colère. Juste après, le visiteur est dérouté par un gisant métallique fait de cubes ; pourtant, la dureté du métal s’efface curieusement pour laisser deviner une silhouette alanguie et douce.
Le voyage continue de surprise en rupture :
-La démesure américaine : Plus loin, une monumentale et interminable voiture américaine a été transformée… en balançoire.
-Le sens de l’équilibre bousculé : Une chaise trône, droite, sur une pierre qui semble pourtant prête à basculer à tout moment.
-Les chaises poussettes : À l’extérieur, d’immenses chaises géantes nous observent passer, inversant les rapports d’échelle.
De l’éclat de la fête à la poésie du détail
En explorant la seconde usine, le visiteur est ébloui par l’œuvre Ali Baba de l’artiste indien Subodh Gupta. Cette accumulation monumentale de récipients en inox redonne un éclat spectaculaire à ce lieu autrefois en déshérence. Derrière cet esprit de fête évident, l’œuvre interroge avec force sur la famine et le coût de la surconsommation. Un trésor, certes, mais magnifiquement factice. Subodh Gupta nous impressionne également un peu plus loin avec une imposante sculpture en sable, réalisée d’après Silvio Bernarsconi.
L’empreinte de Daniel Buren est, elle aussi, omniprésente à travers les deux usines. Ses célèbres rayures ponctuent des vitraux colorés qui filtrent la lumière, tandis qu’un véritable petit village coloré s’étire vers la blancheur intense du jour.
Mais la Galleria Continua sait aussi faire l’éloge de la finesse. Au milieu de ces structures colossales, on s’émeut devant : -Les enchevêtrements métalliques tout en rondeur de Loris Cecchini et la toile poignante d’une femme de dos prise dans des amalgames naturels, signés Marta Spagnoli.
– séries de dessins autobiographiques, d’une délicatesse rare, de Nedko Solakov.
-Les miroirs au sol alignés comme des pierre tombales de Kader Attia, posés en extérieur, qui capturent et reflètent directement le ciel.
Un verdict sans appel : à voir absolument !
Il y aurait encore tant à dire sur ce lieu unique. Imbibé d’un passé de labeur industriel, il est aujourd’hui illuminé par des touches créatives tantôt ludiques, interrogative, historiques ou politiques.
La Galleria Continua à Boissy-le-Châtel vaut indéniablement le déplacement. Elle offre une double reconversion réussie : celle d’un patrimoine industriel sublimé par l’art, et celle d’un regard neuf sur la Seine-et-Marne, son potentiel agricole et ses trésors cachés. Une échappée culturelle indispensable !

















