Il est des films dont on ressort le sourire aux lèvres et le cœur léger. C’est exactement le sentiment qui domine à la sortie de cette comédie particulièrement réussie, qui prend pour décor le temple du théâtre français : la Comédie-Française. Alliant avec un équilibre rare le sens du quiproquo, une inventivité permanente et une justesse piquante, le film offre une plongée savoureuse dans les arcanes de la « Grande Maison ».
Dès les premières images, le ton est donné. On y découvre le poids étouffant mais cocasse de l’institution : même lorsqu’on est une metteuse en scène reconnue, pas question d’échapper au rituel du badge à l’entrée sous l’œil vigilant du gardien. S’ensuit une déambulation dans un véritable labyrinthe de couloirs sombres et mystérieux, jusqu’à ce que l’héroïne débouche enfin sur la majestueuse salle Richelieu, reconnaissable entre mille.
Le film décortique alors la mécanique bien particulière du monde théâtral avec un sens du détail réjouissant. On assiste à la longue attente des comédiens pendant les réglages lumière, mais aussi aux frictions feutrées — parfois caricaturales — avec les techniciens, bien décidés à rappeler l’étendue de leur pouvoir sur le plateau. Puis, la pression monte : c’est le soir de la première, et le trac s’empare de la troupe, révélant les névroses et les réactions hautement contrastées de chacun.
Évidemment, rien ne se passe comme prévu. Le rôle principal se retrouve coincé dans un train en retard, tandis qu’une ministre de la Culture à la ressemblance frappante avec Rachida Dati est attendue dans la salle — avec, en jeu, le renouvellement de la subvention de l’établissement ! Pour couronner le tout, le maquillage de Duncan est complètement manqué : le comédien se retrouve avec un teint exagérément orange, ce qui donne lieu à un tacle désopilant sur Donald Trump.
Je passe volontairement bien d’autres déconvenues !
Le long-métrage s’amuse également des superstitions tenaces du milieu : l’interdiction formelle de porter du vert, ou encore la terreur de prononcer le nom de Macbeth, qu’il convient de nommer pudiquement « la pièce écossaise » pour ne pas attirer le mauvais œil.
Au-delà des éclats de rire fréquents, le film n’oublie pas d’être touchant. Une vraie poésie traverse le récit, incarnée notamment par le fantôme de Molière lui-même, qui vient taquiner son éternel rival Shakespeare. Une belle métaphore de la compétition féroce mais passionnée qui règne entre les acteurs. Mais ce que le film réussit le mieux, c’est de célébrer l’amour viscéral des textes et la façon fascinante dont les comédiens s’en emparent pour leur donner vie.
Allez voir ce film sans hésiter ! C’est une peinture criante de vérité du milieu théâtral en général, et de la Comédie-Française en particulier. Un très grand moment de cinéma et de théâtre réunis.
Scénaristes
Martin Darondeau
Bertrand Usclat
Pauline Clément
Clémence Dargent
Acteurs et actrices
Rôle : Nina Cardi
Rôle : Philippe
Rôle : Antoine
Rôle : Emilie Hamel
Rôle : Suzanne
Rôle : Nadine Guimard
Rôle : Issa, l’ouvreur
Rôle : Jacques, le régisseur
Thibault, l’administrateur général
Mélanie, la maquilleuse
Fabienne, la costumière
Stéphane, le gardien
Molière
La ministre de la Culture
Bastien, le père de Sacha
La pompière
Le pompier
Pierre, l’agent de sécurité
Héloïse
L’ouvreuse