Le centenaire de la mort de Claude Monet promettait d’être un événement marquant. Travaillant moi-même dans le domaine culturel, j’attendais ce festival avec un enthousiasme certain. Pourtant, dès les premières étapes de mon périple en Normandie, le constat a été sans appel : un parcours mal fléché, une communication lacunaire et un manque surprenant d’information de la part de certains acteurs locaux. Heureusement, au milieu de ces irritants, la beauté des œuvres et le talent des artistes invités ont su offrir de véritables moments d’émotion.
Jour 1 : Démarrage cahotique et lumière à Rouen
Mon escapade commence sous de mauvais augures. À l’Office de Tourisme de Lyons-la-Forêt, on me tend une carte sommaire où des zones « A, B, C » sans adresses précises sont censées nous guider. Résultat ? Impossible de trouver Les jardins en dialogue de Rasmussen Myria et Tanka Smeets.
Même désillusion à Sotteville-lès-Rouen : le FRAC nous refuse l’accès sous prétexte de fermeture, affirmant qu’un mot est placardé sur la porte… alors qu’il n’y a absolument rien. Constater une telle ignorance ou un tel manque d’information auprès de certains employés municipaux ou d’offices de tourisme est déconcertant pour un événement de cette envergure.
Heureusement, la soirée vient racheter ces déboires. Sur la façade de la cathédrale de Rouen, les projections son et lumière de Mika Ninagawa (Floraison sauvage et Eternity in a moment) nous éblouissent. Ici, pas besoin de carte : la magie opère immédiatement.
Jour 2 : Entre poésie contemporaine et informations trompeuses
Le deuxième jour s’avère bien meilleur. Au Havre, le MuMa nous accueille gratuitement à l’occasion des Journées du Patrimoine. Quel plaisir d’y contempler les magnifiques toiles de Monet et d’autres impressionnistes, mises en regard avec le travail créatif et ludique d’Ai Weiwei et ses Water Lilies en Lego.
Autre belle découverte : le travail envoûtant de Noémie Goudal. Dans l’obscurité, ses vidéos projetées sur des montages préalables créent l’illusion saisissante d’un paysage naturel. Bien que l’on sache le dispositif factice, le résultat est vibrant de vie et de réalisme.
Seul ombre au tableau sur le trajet : l’Abbaye de Saint-Martin de Boscherville. Si le lieu est splendide, aucune information n’est disponible sur l’œuvre contemporaine Aller et venir de la lumière d’Ange Leccia. Pire encore, l’œuvre exposée n’est pas celle annoncée : il s’agit d’une installation faite de brouettes remplies de fleurs, formant un long ruban en relief aux couleurs soigneusement ordonnées. Un moment agréable, mais toujours ce flou communicationnel agaçant.
Jour 3 : Émotions picturales et musicales à Rouen et Honfleur
Troisième jour, de retour à Rouen. La ville, avec ses maisons à pans de bois, vaut à elle seule le détour. Au Musée des Beaux-Arts, l’exposition Sous la pluie : peindre, vivre et rêver propose un parcours riche à travers les époques. J’ai eu la chance d’effectuer cette visite accompagnée d’une guide qui émaillait le parcours de lectures. Entendre des passages de Madame Bovary de Flaubert devant certaines toiles pose une question passionnante : Flaubert a-t-il décrit une œuvre existante, ou est-ce le peintre qui l’a façonnée après avoir lu le roman ? Les textes du poète et chanteur Alain Leprest ont également apporté une très belle touche d’émotion.
Un peu plus loin, l’église Sainte-Croix-des-Pelletiers abrite une installation d’une grande poésie : suspendues aux voûtes, de grandes fleurs pastel s’ouvrent et se referment au rythme d’un morceau musical, tandis qu’au sol, de larges coussins en forme de fleurs invitent à une pause contemplative méritée.
En fin de journée, direction Honfleur. Malgré la foule de touristes en cette fin septembre, le charme opère toujours. On retient la jolie promenade au Jardin des Personnalités, qui rend hommage aux figures normandes ayant marqué l’histoire. Petit regret cependant : la brume de Fujiko Nakaya (Fog Performance) n’a pas pu avoir lieu en raison de la sécheresse. Une belle poêlée de coquilles Saint-Jacques arrosée de cidre est venue clore cette journée sur une note chaleureuse.
Jour 4 : La douche froide à Giverny
Le dernier jour à Giverny laisse un goût particulièrement amer.
Ayant acheté à l’avance des billets à 15,50 € (alors qu’ils étaient affichés à 13 € sur place), nous n’avons même pas pu visiter la maison de Claude Monet : malgré un créneau réservé à 13h, une file d’attente interminable de 2 heures nous attendait. Heureusement, la splendeur des jardins se laisse admirer sans contrainte.
L’exaspération est montée d’un cran au Musée des Impressionnismes : l’installation de Daniel Buren était parfaitement visible depuis les jardins accessibles librement. Ayant l’honnêteté de me renseigner à la caisse, on m’a obligé à payer un billet à 12 € sous prétexte que l’exposition faisait partie de la visite du musée. Une fâcheuse impression de surfacturation pour clore le séjour.
Bilan d’un périple mitigé
Ce parcours aurait pu se prolonger vers Caen, Le Mont-Saint-Michel ou Varengeville-sur-Mer. Mais c’était sans compter la fatigue accumulée au fil des kilomètres et l’agacement provoqué par les lacunes de l’organisation : horaires d’ouverture introuvables, jours de fermeture mal indiqués et absence totale de catalogue récapitulatif des expositions du festival.
Le Festival Monet avait toutes les cartes en main pour être une réussite magistrale. Si les artistes et les œuvres exposées ont largement été à la hauteur, l’expérience globale reste gâchée par une logistique et une communication bien trop défaillantes.










