Au Théâtre de la Tempête, l’actualité judiciaire ne se traite pas au tribunal, mais sur une tournette magique. Tous coupables sauf Thermos Grönn n’est pas une pièce de théâtre classique ; c’est une performance allégorique, une déambulation visuelle qui transforme la fuite de l’ex-magnat de l’automobile en une épopée absurde et grinçante.
Une esthétique entre BD et Avant-garde
Le spectacle frappe d’abord par sa dimension plastique. La scénographie, tournant sans fin, offre des tableaux d’une grande force picturale qui rappellent les expérimentations des peintres-scénographes du début du XXe siècle.
- Les personnages : Affublés de postiches et de costumes outranciers, ils cessent d’être des humains pour devenir des marionnettes de bande dessinée ou des figures sorties d’un Ubu Roi moderne.
- L’ambiance : On navigue entre le théâtre de l’absurde à la lonesco et une satire féroce où le tragique se dilue dans le grotesque.
La Langue : Du « Pisseport » au « Mur » de la mort
Le texte est une véritable curiosité. En jouant sur les « coquilles » volontaires et les glissements sémantiques, l’auteur installe une mise à distance permanente :
- On ne « fait » plus, on « foirre ».
- Le « passeport », sésame de la liberté, devient un dérisoire « pisseport ».
- Même la fin de vie est détournée : on ne meurt pas, on « mûrit », faisant de la mort un « mur » infranchissable.
Ces jeux de mots ne sont pas que des facéties ; ils soulignent la vacuité du discours de ce puissant déchu qui finit par accuser l’Archange Gabriel d’être son propre reflet. Le sacrifice du passeur, contraint de se couper les mains, apporte une touche de cruauté poétique qui rappelle que, dans l’ombre du puissant, les autres paient le prix fort.
Un choc des générations
Le plus surprenant réside peut-être dans la salle. Voir un public composé de très jeunes gens de moins de 20 ans et de spectateurs de plus de 60 ans communier dans un même enthousiasme souligne la force universelle de cet objet théâtral d’un durée d’une heure.
Verdict : Si l’on peut rester sur sa réserve face à une forme aussi déroutante et radicale, on ne peut qu’être saisi par la proposition. C’est un spectacle qui ne cherche pas à convaincre, mais à hanter. Comme l’ombre de son protagoniste qui, bien que terrassé par l’archange, continue de rôder autour de la terre, cette pièce laisse une empreinte indélébile, quelque part entre le rire jaune et la fascination plastique
© 2026 RateWell — The definitive voice in film criticism.
J’ai adoré le travail plastique, les costumes et les postiches