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***** »La Vie Rêvée » au Théâtre La Bruyère : La claque d’énergie lumineuse dont on a tous besoin

Si vous avez le moral dans les chaussettes, si la méchanceté du monde vous pèse, courrez de toute urgence au Théâtre La Bruyère. Jusqu’au 27 juin, les vendredis et samedis, Kelly Rivière y accomplit bien plus qu’une performance : une véritable prouesse qui soigne l’âme et redonne une joie immense.

 

L’illusion du rideau, la vérité du vécu

 

Le décor est d’une simplicité poétique : un rideau en lamé qui brille doucement, un petit banc, un lampadaire vintage et un piano. C’est dans cet écrin que Kelly Rivière incarne son double théâtral, Kelly Ruisseau. Dès l’entrée, elle nous accueille de dos, figeant le temps comme à la fin d’une chorégraphie. La danse, fil rouge du spectacle, est ici une blessure qui guérit. On comprend vite que la fiction colle à la peau du réel : à 13 ans, Kelly s’est vu refuser l’entrée d’une école par une directrice aux mots cruels. Cette sentence, elle la transcende sur scène. Au milieu et à la fin du spectacle, elle danse pour de bon, vibrante, sur une symphonie, nous racontant l’histoire d’un oiseau qui apprend à voler. Et avec elle, c’est le public qui s’envole.

 

Une galerie de personnages et un tourbillon d’émotions

 

Seule en scène, Kelly Rivière peuple le théâtre d’une humanité débordante. Elle nous entraîne dans le parcours d’obstacles d’une intermittente du spectacle, entre doutes, précarité, course aux rôles et galères quotidiennes pour élever son fils, Liam. C’est drôle, féroce, et d’une justesse absolue sur la réalité du métier. On passe des rires aux larmes grâce à des scènes absolument époustouflantes :

 La visite à l’EHPAD : Un moment d’anthologie où, accompagnée de son fils, elle incarne les résidents avec une tendresse folle, de « Monsieur Ironie » à « Madame Tortue sans dents ». Une immersion qui se termine dans l’énergie chorale de la maison de retraite.

 La « Murder Party » en entreprise à Bussy-Saint-Georges : Une parenthèse hilarante où elle croise Éveline, clope au bec, et Monsieur Poupard, ancien machiniste de la Comédie-Française. Ensemble, ils entonnent d’une voix grave une magnifique chanson intitulée « Comédiens » suspendus hors du temps.

 L’hommage à Max : L’émotion pure de son amitié avec ce metteur en scène polonais, qui finira par mourir sur scène d’une tumeur au cerveau. Un moment bouleversant de beauté.

 

Un caméléon d’une virtuosité rare

 

Kelly Rivière ne joue pas ses personnages, elle les incarne jusqu’au bout des ongles. Virtuose des accents, elle passe de l’accent marseillais gouailleur de sa grand-mère Nana à l’accent irlandais de sa mère (teinté de mots anglais), avant de basculer dans le polonais de son ami Max.

Le texte, d’une grande richesse, est truffé de clins d’œil culturels qui créent une familiarité immédiate avec le public. En vrac, on y croise Tchekhov, le film Cabaret de Bob Fosse, Ken Loach, Marilyn Monroe, Marlène Dietrich, Patricia Kaas ou encore Annie Ernaux. Tout résonne avec un à-propos percutant.

En brisant le quatrième mur pour s’adresser directement à nous, l’actrice questionne avec intelligence le sens du théâtre, le bien-fondé d’un art politique, la notion de travail et la frontière entre le réel et la fiction.

 

Un message transmis en héritage

 

Au-delà des rires et des larmes, La Vie Rêvée s’impose comme un moment théâtral pur. C’est une œuvre qui pulse au rythme d’une transmission intime, portée en filigrane par le conseil bouleversant de vérité de son père, Michel : « N’abandonnons jamais nos rêves ! ». Une ligne de conduite qui résonne comme un mantra pour l’artiste, et un cadeau précieux qu’elle lègue au public avant de saluer.

 

En conclusion :

On en sort transformé. La Vie Rêvée est un shoot d’humanité, de résilience et de poésie. Ce n’est pas un hasard si le public est resté debout, de longues minutes durant, pour applaudir à tout rompre cette artiste lumineuse. Ne passez pas à côté de ce bonheur-là qui nous réconcilie avec la force du Théâtre !