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***** Fragments, a circus thriller

Fragment de la compagnie La Vispera : un choc visuel et émotionnel au cœur de la condition féminine

Cirque, théâtre de marionnettes, danse, musique électro et vidéo : la jeune compagnie espagnole La Vispera livre avec Fragment un spectacle total, aussi sublime que bouleversant.

 

16-18 juillet VEAUDEVILLE festival, Braga, Portugal

3 aout Isny, Theater festival, Allemagne

29-30 août Circusbende Festival, Amsterdam, Pays-Bas

4-6 septembre Festival at.tension, Larz, Allemagne

12-13 septembre Dinamico festival, Regio Emilia, Italie

 

Une performance plastique et engagée

 

Loin d’être une simple suite de numéros célébrant la virtuosité des corps,ou une sorte de thriller à la poursuite de son identité ,Fragment s’impose comme une œuvre organique et engagée. Par la force de l’image et du son, le spectacle explore la souffrance des femmes, la dislocation de leurs corps et la transparence de leurs visages, toujours fardés pour répondre aux attentes du monde.

La mise en scène explore la chair et les entraves : les transformations de la grossesse, l’impossibilité de fuir un corps qui retient, et le manque de liberté face au poids d’une société obsédée par l’apparence. Les corps y sont décapités, transfigurés, déformés. Véritable réquisitoire poétique porté par des musiques retravaillées électroniquement, ce spectacle résonne comme une vibrante passionaria, à la fois beau, fort et déchirant.

Un voyage surréaliste et hypnotique

Le voyage commence par une danse au sol hypnotique de Vinka Delgado qui, dotée de quatre jambes, donne naissance à un bébé mécanique. S’ensuit l’abandon de cet enfant, une quête angoissée à la lampe torche, pour aboutir à la danse de dos d’une femme à la nuque masquée, bougeant sur les notes d’un tango langoureux.

C’est alors que l’illusion opère : cette femme se démultiplie. Elles sont désormais trois sur scène, vêtues d’un ample imperméable, partageant le même visage. L’une d’elles ouvre son manteau et révèle un masque qui chante, dont le menton se décroche pour laisser deviner le vide sombre d’une gorge sans fond, tandis qu’une vidéo projette en arrière-plan le rire d’une femme.

Le saviez-vous ? Le spectacle flirte constamment avec le surréalisme. L’humour s’y mêle à l’effroi, comme lors de cette séquence saisissante où une bouche s’ouvre sur un œil projeté en vidéo, ou ce numéro de jonglage avec des têtes de femmes — ressemblant toutes à Vinka — dont l’une fume sans s’arrêter.

De la poésie aérienne à la rupture du quatrième mur

Le spectacle excelle également dans l’art de la marionnette humaine lors de duos de danse troublants. Quand l’une des figures s’accroche à un mât, Vinka Delgado s’envole littéralement autour d’elle dans un tourbillon effréné. Après ce vertige, un moment de répit absurde s’installe : les interprètes cherchent un réconfort dans une cigarette que personne ne sait fumer.

Le point d’orgue du spectacle réinvente la Passion du Christ. Ce sont ici des femmes qui portent un corps sans tête, d’où pendent deux anneaux. C’est à cet agrès que Vinka exécute un numéro d’acrobatie aérienne impressionnant, suspendue au-dessus de la scène, portée par un Requiem de Mozart réinventé à la sauce électro.

La tension retombe enfin pour s’achever dans la douceur d’un slow de Cata Miranda, avant une adresse finale au public qui fait voler en éclats le quatrième mur.

En conclusion:

Baigné d’une esthétique surréaliste où la violence côtoie des éclats d’humour salvateurs, Fragment déborde d’inventivité et de sensations fortes. On ne peut que souhaiter un immense succès en France et en Espagne à cette jeune compagnie talentueuse. Un spectacle très impressionnant, à ne pas manquer.

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