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*** L’art d’être (mon) père

Avignon : « L’art d’être mon père », le brûlot bouleversant de Julie Timmerman

Seule en scène avec un jean, un chemisier blanc et un talent brut, Julie Timmerman livre au Festival d’Avignon un hommage vibrant à son père, comédien et metteur en scène, maintenant décédé. Une plongée vertigineuse dans les coulisses de la création et les fêlures de l’enfance. Il y a des spectacles dont on sort avec la sensation d’avoir partagé un secret nécessaire, une urgence vitale. L’art d’être mon père, écrit et interprété par Julie Timmerman, est de ceux-là. Menée sur un rythme effréné, cette pièce s’impose comme une œuvre triple : le portrait d’un artiste absolu, une immersion dans le chef-d’œuvre de Victor Hugo, et le cri d’amour d’une petite fille face à la maladie psychique de son père.

Un triple défi théâtral et intime

Le spectacle repose sur un équilibre fragile et magnifique, articulé autour de trois enjeux majeurs :

Réhabiliter une mémoire :

-Faire découvrir l’exigence, la culture immense et la passion dévorante de son père, passionné de théâtre.

Faire vivre l’épopée : Transmettre la puissance des Misérables de Victor Hugo à travers le prisme d’une adaptation théâtrale scolaire.

 –Exorciser la souffrance : Donner à voir l’enfance de la comédienne, confrontée dès l’âge de 10 ans aux démons intérieurs d’un père qui se débat contre ses troubles psychiques et son inadaptation à la vie en société.

Une performance d’actrice éblouissante

Le dénuement scénique est ici un choix de roi. Sans aucun décor, la magie opère uniquement par le jeu et la lumière. Julie Timmerman incarne à elle seule une galerie de personnages impressionnante. Elle passe en un éclair des figures des Misérables aux enfants de la classe (qui ont réellement vécu cette aventure théâtrale avec elle), sans oublier les adultes qui gravitent autour du projet : la directrice de l’école, la prof de musique, le prof d’arts plastiques, le chef d’orchestre et le régisseur.

Plusieurs moments de grâce suspendent le temps :

-l’arbre de Jean Valjean  à Faverolles,: Une scène éblouissante où l’ambiance enfumée et un jeu d’ombres et de lumières suffisent à dessiner les arbres et l’angoisse. Cette promenade nocturne, dans le spectacle, tourne court et manque de faire annuler le spectacle.

-Le cri du cœur de Zoé : La scène déchirante où la jeune fille se met à la place de son père et supplie sa mère d’intervenir pour que les répétitions reprennent.

-La dernière répétition : Un instant suspendu d’une infinie tendresse, qui révèle tout l’amour que ce metteur en scène portait à ses comédiens d’un jour.

Les paradoxes du génie et la poésie d’Hugo

Le génie de l’artiste de théâtre réside dans sa capacité à puiser des idées créatrices dans la contrainte et la difficulté.

-Comment construire une barricade ?

-Comment faire jouer Fantine qui vient de couper ses cheveux ?

La pièce explore ces fulgurances esthétiques, notamment à travers la symbolique du blé, qui devient tour à tour les cheveux d’une petite fille ou la monnaie d’échange tragique pour payer les Thénardier.

Le texte fait magnifiquement résonner la prose de Victor Hugo. Les extraits qui émergent du spectacle nous rappellent la beauté de cette écriture, mais aussi la modernité de ses idées progressistes et sa dénonciation féroce de la misère.

Un spectacle dans l’urgence à ne pas manquer

Le metteur en scène nous apparaît dans toutes ses contradictions : fragile mais autoritaire, léger mais dramatique, enfant et père à la fois. En filigrane de ce projet artistique rude et épuré, c’est l’histoire d’un père et de sa fille qui tentent, malgré la maladie, d’arracher au temps de beaux moments de partage.

Trente ans après son père, Julie Timmerman juxtapose à son tour le théâtre et le vécu de ceux qui le portent. C’est une œuvre intense, intime et universelle. On parie sans hésiter que ce spectacle remportera le grand succès qu’il mérite dans l’antre du théâtre qu’est le Festival d’Avignon. –

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